Avez-vous déjà tenu un journal intime ? En atelier d’écriture créative, il m’arrive souvent de poser cette question. Il y a toujours des mains qui se lèvent et des participants qui évoquent cette pratique. Régulièrement revient la remarque : mais c’était quand j’étais adolescente, j’ai arrêté maintenant. Tenir un journal n’est pourtant pas réservé à la jeunesse, c’est un outil précieux que l’on peut utiliser tout au long de la vie. Voici quelques astuces pour se lancer.
Tenir un journal « intime »
Un carnet avec une clé, voilà l’idée qu’on se fait du journal intime ! La clé peut être tout à fait symbolique, en tous cas, c’est l’idée que ce qu’on y écrit n’est pas destiné à être lu par quelqu’un d’autre que soi. C’est donc un espace de liberté et de créativité extraordinaire dans le fonds et dans la forme. On peut tout écrire ! Et on peut écrire comme on le souhaite. Il n’y a pas de règle, de code, ou de forme fixe à part celles que l’on pourrait décider de se donner.
La routine d’écriture
Je suis « du matin », j’aime écrire dans le silence de l’appartement quand le soleil n’est pas encore levé, quand la vie n’a pas encore repris son cours. J’aime écrire avant de commencer la journée, avec simplement une tasse d’Earl Grey comme compagne et parfois les miaulements de mon chat. Peut-être préférez-vous écrire le soir avant de vous coucher ou encore à la pause déjeuner ? Peu importe le moment, il faut simplement trouver celui qui est adapté à votre rythme et à vos contraintes de vie. Ce qui compte c’est de mettre en place une routine d’écriture. Une parenthèse hors du temps que l’on s’octroie, comme pour un cours de yoga prévu chaque semaine auquel on ne s’autorise pas à déroger. Au fil du temps, la routine d’écriture va s’imposer à vous. Et vous allez même vous apercevoir que vous retrouvez ce rendez-vous avec délice. Alors, non, « routine » n’est pas un gros mot ! C’est plutôt une des clés pour réussir à tenir un journal régulièrement et fidèlement. Virginia Woolf, qui tenait son journal à l’heure du thé, était parfois agacée par des visiteurs impromptus qui l’empêchaient de s’adonner à l’écriture.
Des lieux pour écrire
Les terrasses des cafés, les tables des bibliothèques, les bancs d’un square… De nombreux auteurs aiment s’installer dans des lieux publics pour écrire. Les cafés de Saint-Germain-des-Prés ont ainsi été assidument fréquentés dans l’après-guerre. Le brouhaha n’empêchait pas Simone de Beauvoir d’entrer dans sa bulle. En revanche, d’autres personnes ont besoin du calme et de l’intimité d’un cocon. Si je m’assieds souvent derrière le bureau dont j’ai hérité de mon arrière-grand-père, j’écris aussi facilement dans les transports en commun. S’accorder du temps pour écrire n’est pas toujours évident. Les moments où l’on est en déplacement dans le train ou le RER peuvent être considérés comme des cadeaux pour s’adonner à l’écriture. Pensez-y et vous allez envisager vos trajets quotidiens différemment !
Les outils pour écrire
Feuilles volantes, petits carnets ou grands cahiers, mais aussi supports numériques. Il n’y a pas un bon outil pour écrire. D’ailleurs, les trop beaux carnets peuvent être un peu intimidants et rester fermés sur un coin du bureau ! L’outil peut aussi varier en fonction de l’heure de la journée et la situation dans laquelle vous vous trouvez. Quand j’interviens à l’Université, je suis parfois étonnée de découvrir la facilité avec laquelle certains étudiants utilisent leurs téléphones pour écrire des textes de fiction ou des poèmes (et je ne parle pas ici de l’utilisation de l’IA !). Pour ma part, j’utilise une appli de notes qui se met à jour entre mon téléphone et mon ordinateur et me permet d’avoir accès à mes textes à tout moment. Et si je trouve facile d’écrire un premier jet sur le téléphone, cela me semble plus confortable de disposer du clavier de mon ordinateur pour retravailler les textes.
Un journal, des journaux…
Il y a mille et une manière de tenir un journal. Centré sur soi et/ou sur le monde autour de nous. Voici quelques pistes pour vous accompagner si vous souhaitez vous lancer ou réactiver cette pratique…
Les « morning pages » présentées par l’autrice américaine Julia Cameron : un flux de pensées que l’on jette sur la page sans réfléchir et sans objectif de relecture…
Le Journal de gratitude : où l’on s’arrête sur ce qui nous rend fier, et qui fonctionne comme un outil de renforcement positif.
Le carnet d’observation : où l’on note le beau, le bon… Pour récolter des pépites de joie au quotidien et observer autrement le monde qui nous entoure.
Le journal créatif : où l’on associe plusieurs techniques comme l’écriture, le collage, le dessin…
Le journal-projet : où l’on se pose des questions et où l’on se fixe des objectifs pour suivre un projet dans lequel on s’est lancé.
Et vous ? Quel type de journal avez-vous envie d’entamer ?
Camille Berta